Les foins d’autrefois

#ChallengeAZ | F comme Foins

Vos ancêtres vivaient à la ferme ? Si vous êtes aujourd’hui éloigné·e de la vie rurale, agricole ou paysanne, il peut être bien difficile pour vous de vous représenter le quotidien de vos ancêtres, de vous projeter dans la saisonnalité de leurs activités, ou de reconnaître leurs outils, s’ils vous sont transmis. Que représentait réellement le travail des champs ou celui de l’élevage ? Comment réalisait-on les récoltes autrefois ? Comment, aussi, se représenter l’activité de nos aïeules, si souvent oubliées derrière leurs maris, alors qu’elles alliaient souvent travail domestique et aide substantielle au travail agricole ?

Le foin, ressource essentielle de l'élevage

La fenaison – la coupe et la récolte des foins – était une opération agricole essentielle et considérable dans de nombreuses campagnes. Dans la montagne vosgienne, le foin constituait l’essentiel de la nourriture d’hiver des animaux, et notamment des bœufs qui étaient nourris presque exclusivement en foin.

La récolte de foin se faisait de mi juin à mi juillet. On coupait les regains, c’est-à-dire l’herbe qui avait repoussé, de la fin du mois d’août au 15 septembre.

Les outils de la fauche

Fauchage des céréales en Allemagne (1856)

La faux

On coupait l'herbe à l'aide d'une grande faux. Si les faucheuses mécaniques sont apparues dans les années 1860, les faux restent utilisées dans nos campagnes pendant encore plus d'un siècle, en raison du coût des machines.

Le faucheur aiguise la lame de la faux

Le coffin et la pierre à aiguiser la faux

A la ceinture de la faucheuse ou du faucheur, on trouvait un étui appelé coffin (ou "boustiò" en patois de Saint-Léonard dans les Vosges), un peu humide, dans lequel on rangeait la pierre à aiguiser la faux. Le coffin était souvent en bois ou en corne de bœuf. Plusieurs fois par heure, on se relevait, on plantait le manche de la faux dans le sol et on aiguisait la lame de sa faux avec la pierre.

Des faucheurs utilisant une enclumette et un marteau pour battre leur faux.
L'enclumette et le marteau

L'enclumette et le marteau, parfois emmenés aux champs, servaient à "battre" la faux, c'est-à-dire à affiner sa lame, après environ 12 heures de fauche.

La fenaison

Pour la fenaison, les femmes portent "la hallette"

Une fois coupée, l'herbe était répandue sur le sol à la fourche, puis retournée avec un râteau dans l'après-midi. Si le foin n'était pas sec à la fin de la journée, il était disposé en lignes (ou "mis en andains") le soir pour qu'il soit à l'abri de la rosée. Le lendemain, on recommençait les mêmes opérations jusqu'à ce que le foin soit parfaitement sec.

Le transport du foin

Lorsque le foin était sec, les femmes et les enfants mettaient le foin en andains, tandis qu’on attachait les bœufs à la voiture échelle. Un « chargeur » envoyait les fourchées à la personne installée sur le chariot. On montait ainsi le foin jusqu’à la hauteur de l’échelle. Pour stabiliser le tas de foin ainsi formé, on posait une perche au-dessus du foin ; à l’avant, elle passait sous le dernier barreau de l’échelle ; à l’arrière, elle était serrée avec deux cordes. Enfin, on ramassait le foin qui restait dans le pré, et on le serrait dans un fardeau qui était accroché à l’arrière de la voiture.​
La fenaison dans les Vosges (carte postale)

Lorsque le terrain était très en pente, la voiture à échelle ne pouvait pas être utilisée. Le foin était alors transporté soit dans des grandes toiles de chanvre (des "cendriers") dont les coins étaient repliés et reliés, soit à l'aide de hottes en bois ("Krauche" en patois de Gérardmer). La hotte était posée au sol et remplie de foin ; une barre serrait la charge contre le dos de la hotte.

Le stockage du foin

Le foin était ensuite déchargé et stocké dans des greniers qui occupaient une place importante dans les fermes vosgiennes. Dans les hauteurs des Vosges (« sur les Hauts »), les fermes étaient adossées à la pente de la montagne. On rentrait alors le foin par des ouvertures aménagées dans la façade arrière, face à la pente. Il suffisait d’appuyer une planche horizontale entre le toit et le sol pour accéder au grenier. Ces ouvertures s’appelaient les « bauchées ».
La ferme du Neuberg, dans la vallée de Masevaux (68), dans les années 1930. Joseph, Lina et Meinrad Trommenschlager, au premier plan, en sont les exploitant·es.
La ferme du Neuberg, dans la vallée de Masevaux (68), dans les années 1930. Joseph, Lina et Meinrad Trommenschlager, au premier plan, en sont les exploitant·es.

Les sources des photos sont accessibles en cliquant sur chaque image.


Sources de l’article :


Pour aller plus loin :
  • Catalogue des outils anciens de l’agriculture [en ligne]
Héloïse Hervieux, Profils Généalogie
Héloïse Hervieux, Profils Généalogie

Héloïse Hervieux est généalogiste familiale depuis 2021 et passionnée depuis plus de 15 ans. Dans ce carnet, elle propose un ensemble de notes de terrain, anecdotes de recherche, réflexions sur la pratique de l'histoire familiale et conseils de lecture. Quand elle n'écrit pas ici, elle écrit pour les autres qui, comme vous, souhaitent dérouler l'histoire de leur famille.

découvrir les offres

Partagez, échangez.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Commentaires dans le texte
Afficher tous les commentaires

On continue à lire ?

Un homme dessine la cathédrale de Strasbourg à la craie, sur le sol. Une foule le regarde.
Pratiques

9 questions pour bien préparer sa rencontre avec une généalogiste professionnelle

Vous êtes prêt·e à vous lancer dans la grande aventure de la généalogie ? À présent, il est temps de préparer l’enquête. Comment définir une question de recherche, quels documents sont utiles, quelles questions vous seront posées… On fait le point sur les éléments importants pour bien préparer sa rencontre avec une généalogiste familiale professionnelle.

Paul Kauffmann, Cortège de la fiancée la veille du mariage (1902)
Pensées

Quel est le comble pour une généalogiste ? (édition 2023)

En 2023, je me suis mariée. Oui, c’est une page professionnelle ici. Mais pour une généalogiste, soyons clairs, se marier, c’est un peu comme être en train de rédiger sa propre page biographique : on est un peu schizophrène… et toujours pro. Ou du moins, on essaye.